DRAMATURGIE

Il est question de rébellion, de trahison, de manigances, de turpitudes, de cupidité, de pouvoir, de couronne usurpée, d'exil. D'amour et de mélancolie aussi. Les hommes, cousins, frères, parents, nobles se nomment Richard de père en fils, ou Jean, ou Edouard, complotent, assassinent, font la guerre et meurent enfin. Ainsi se bâtit au cours des siècles le royaume d’Angleterre.

 

Richard II, moins connu que son cousin Richard III le boiteux diabolique, est l'histoire d'un homme devenu roi malgré lui, que la roue de la fortune culbute, en l'espace de quatre actes, du rang de roi à celui de mendiant, du paradis à l'enfer.

 

Roi martyr pour les uns, roi faible et capricieux pour les autres, Richard II est une fascinante tragédie abordé ici sous l'angle de l'humain.

 

Le spectateur est invité à se plonger dans une aventure théâtrale épique qui tend à révéler la puissance, la beauté et l’universalisme du théâtre de Shakespeare.


- La Traduction -

 

Si la traduction a toujours l'air de se poser comme un problème, il faut aussi parfois savoir embrasser sa beauté.

Au théâtre, ce serait de pouvoir offrir à chaque nouvelle création d'un même texte : un nouveau souffle, une nouvelle langue.

Au fond, la traduction dramatique est là pour servir la poésie du théâtre : pour une seule pièce, un nombre illimité de textes. Imaginez !

 

Chaque travail de traduction est différent : il s'agit d'un geste pour comprendre l'auteur, connaître le théâtre pour lequel il écrivait et sa contextualisation autant sociale, poétique que métaphysique.

 

Une œuvre "complète" de Shakespeare n'a aucun sens, c'est une écriture de plateau, les textes ont sans cesse été modifiés, souvent écrits en commun avec les acteurs, transcrits depuis les notes des souffleurs ou de mémoire par les acteurs.

C'était donc déjà un théâtre en mouvement, d'où l'intérêt encore de continuer ce mouvement par la traduction.

 

Une traduction trop fidèle à un discours de l'époque ne peut pas avoir le même effet sur un public d'aujourd'hui qui n'a ni les mêmes références historiques, ni le même vocabulaire, ni le même rapport au théâtre.

L'idée est que le spectateur ne doit pas être limité par ces références, évidentes à l'époque Élisabéthaine, contraignantes aujourd'hui et qui nuisent à l'urgence théâtrale essentielle à Shakespeare.

 

Le texte reste une traduction fidèle qui, par une orientation dramaturgique originale, tente de retrouver un lyrisme théâtral contemporain.

 

Ne plus penser la traduction comme un problème mais comme une chose incroyable, un outil merveilleux : voilà ce que permet le théâtre.

 

Puisque Shakespeare est aussi atemporel qu'universel, pertinent satire qu'exigeant tragédien : ce travail semble couler de source.

Les pièces peuvent renaître sans cesse, non plus par l'intermédiaire unique de la mise en scène, mais aussi par le travail de traduction et d'adaptation dramatique qui nous fait penser le texte dans une nouvelle époque, pour un autre public et grâce à une langue différente qui ne doit détériorer ni la poésie ni le sens profond du verbe décryptant l'âme humaine avec toujours plus de véracité.

 

Et puis l'important : n'est-ce pas la soif d'énergie vitale que nous apporte la poésie ?

 

Clément Camar-Mercier